Porter un regard sur soi-même n'est pas chose facile. Il manque le
miroir. Bien sûr, il existe dans notre littérature une tradition
d'introspection et d'analyse critique et nombre d'auteurs ont porté un
regard tranchant ou caustique sur leur temps, les mœurs et la société.
Rappelons ici la veine des moralistes : La Bruyère, La Rochefoucauld,
Chamfort, Joubert ; ou encore les grandes fresques brossées par Hugo ou
Zola. Ils sont l'illustration d'une aspiration à présenter les choses
telles qu'elles sont. D'aucuns diront que cette approche n'est plus guère
en vogue. C'est cependant à ce titre que cette contribution d'une guide
spirituelle de l'Inde répond à une aspiration que l'on espère bien
française : le courage de l'honnêteté. Shri Mataji Nirmala Devi
Shrivastava, au fil des années, a dénoncé avec constance le système
de castes de l'Inde, le fanatisme musulman ou l'immoralité arrogante
des Occidentaux. Dans ce livre elle décrit sans complaisance, au fil de
pages souvent pleines d'humour, les failles d'un modèle de société
moderniste que la globalisation répand aujourd'hui à travers les
frontières.
On peut s'étonner qu'une voix provenant du monde en développement
critique les conquêtes du monde qui se croit développé. Mais l'étonnement
est souvent le prélude à l'enrichissement philosophique. "
Enrichissez-vous. " disait Guizot. Certes, mais de manière différente.
Le modèle de société matérialiste n'a pu éviter la paupérisation
de masses immenses ni la dérive écologique qui provoque changements
climatiques et catastrophes naturelles. Il faut changer de mode.
Construire sur l'acquis, mais aller plus loin. Par un pèlerinage intérieur
vers le Soi.
Shri Mataji est une personnalité religieuse hors du commun qui est
connue dans le monde entier pour avoir fait craquer le carcan des dogmes
et avoir rendu à la spiritualité sa dimension intime, personnelle et vérifiable.
Son enseignement sur l'éveil d'une énergie résiduelle, la Kundalini,
réactualise les enseignements millénaires prodigués en Inde sur la
recherche du Soi et renoue avec l'ancienne démarche empirique des
gnostiques chrétiens.
Dans le cadre de son ministère, Elle a répondu avec une compassion
et une énergie infatigables, aux requêtes des Occidentaux qui l'ont
approchée. Ceux-ci, durant plus de vingt ans, lui ont soumis l'éventail
complet des maux dont souffre notre société moderne : la dissolution
des mœurs qui ébranle la stabilité des familles, la détresse émotionnelle
qui accompagne des relations instables, les conditions de travail
robotisantes, le stress, l'alcoolisme, les drogues, la solitude et
l'exclusion. Elle a conseillé, consolé, guéri et leur a conféré
l'initiation à une perception nouvelle.
Pour Shri Mataji, les défis de notre temps peuvent être surmontés,
d'une manière éminemment pratique, par l'actualisation d'une nouvelle
conscience qu'avaient annoncée les grandes Ecritures. L'amélioration
concrète de notre instrument cognitif ouvre l'accès à une condition
intérieure d'équilibre serein, de joie et de solidarité. Cette
transformation de l'individu est liée au potentiel activé de la région
limbique du cerveau. C'est par l'homme nouveau que viendront des temps
meilleurs. De nombreuses initiatives, hôpitaux, écoles et
organisations non gouvernementales développent aujourd'hui les aspects
humanitaires de cette vision. Voilà un message bien différent du
pessimisme de bon ton dont nous sommes si férus.
Ce message sera-t-il entendu ? Nous sommes conscients qu'il existe un
courant d'intolérance et de provincialisme qui déteste la différence.
Il a égrené avec constance de tristes pages dans l'histoire de France
: la croisade d'extermination contre les Albigeois, la Saint Barthélémy,
la Révocation de l'Edit de Nantes, et, plus proche de nous, le racisme
du petit blanc ou le rationalisme dogmatique qui nie la possibilité
d'une spiritualité vivante et vécue. Mais ce courant n'est pas
majoritaire. L'éveil intellectuel et la recherche critique restent de
mise à l'orée de cette grande phase de transition culturelle qui
s'ouvre avec le troisième millénaire. La curiosité d'une réalité
plus profonde est revendiquée par les femmes et les hommes de
l'Occident qui ne se satisfont pas des certitudes niaises distillées
par les poncifs de la pensée unidimensionnelle.
L'éditeur.